13.11.2012

Compte rendu de Voyage photo: Oiseaux de printemps en Bulgarie du 24 mai au 2 Juin 2012

Un voyage de 10 jours organisé par Spatia Wildlife / Voyages et Nature, guidé par Dobry Domuschiev, fondateur de Spatia Wildlife. et Patrick Dieudonné, photographe professionnel français, avec 4 photographes français.

Compte rendu de Voyage photo: Oiseaux de printemps en Bulgarie du 24 mai au 2 Juin 2012Huppe fasciée

Ce voyage, le premier au printemps pour moi en Bulgarie, s’est révélé riche en surprises et découvertes. Je connais assez bien la Grèce, à la frontière sud de la Bulgarie, pour y avoir voyagé à plusieurs reprises et photographié les oiseaux en migration de printemps, principalement sur l’île de Lesbos. Je m’attendais donc à une présence importante des passereaux et aussi à de bonnes possibilités pour les oiseaux d’eau le long du Danube, au nord de la Bulgarie, à la frontière avec la Roumanie.
Notre voyage était en effet divisé en deux parties, la première près de la ville de Ruse (Tutrakan), dans le nord, et la seconde dans la célèbre vallée des roses, au centre de la Bulgarie, enserrée entre les monts de la Stara planina au nord (culminant à près de 2200 m) et les monts de Sredna Gora au sud, moins élevés, près de la ville de Gabrovo.

La première partie du voyage s’est révélée un peu plus difficile que prévu, car le temps n’était pas de la partie, et des journées anormalement froides et pluvieuses pour la saison avaient retardé l’installation des rolliers sur leurs sites de nidification. Quant aux oiseaux d’eau, ils étaient presque absents des points d’eau à l’entour du Danube, en raison de niveaux d’eau très bas, dus à un défaut de précipitations au début de l’année.
Nous avons donc beaucoup photographié sur une très belle colonie de guêpiers, située en vue d’un petit village, dans un décor bucolique parsemé de troupeaux de bovins et d’ovins, menés par des bergers, qui croisaient à faible distance de nos affûts. Les paysans – d’abord intrigués – ont fini par nous considérer comme des éléments du décor à part entière. Dans cette région il nous a semblé revenir plus de 50 ans en arrière, au rythme paisible des charrettes tirées par les chevaux et des bergers gardant leurs troupeaux.
 Dans ces décors ruraux préservés, et dans des paysages de prairies parsemées de nombreux arbres, les oiseaux sont partout: les cigognes nichent dans les villages, moineaux espagnols et friquets les entourent, tandis que dans le ciel planent aigles bottés et pomarins, autours, bondrées et buses variables. Parmi les passereaux, le bruant proyer, devenu rare chez nous, est ici le plus abondant, et son omniprésence révèle la qualité des milieux consacrés aux pratiques agricoles traditionnelles. Bruant mélanocéphale, bergeronnette des Balkans, tourterelle des bois en grand nombre complètent le tableau, accompagnés de traquets motteux et isabelle faciles à photographier.
Mais ce qui surprend peut-être le plus est l’abondance en certains endroits des pies-grièches (écorcheur surtout, mais 4 espèces sont visibles) Sur un petit carré de vignes nous avons pu compter jusqu’ à 8 pies-grièches en même temps.

Mais ces densités d’oiseaux élevées n’étaient rien en comparaison de ce nous avons pu trouver dans une vallée préservée près de Gabrovo, dans la célèbre vallée des roses (Balkans): on y observe cigognes noires, buses féroces, aigles bottés, autours des palombes, et une étonnante densité de passereaux où dominent les pies-grièches: écorcheur (en très grand nombre), à tête rousse, à poitrine rose. Les Sousliks, étonnants petits rongeurs tenant à la fois de la marmotte et de l’écureuil, sont omniprésents, et dans leurs terriers niche le Traquet isabelle, espèce typique des plaines de l’est européen. Nous avons pu réaliser de très belles photos à l’entrée d’un terrier où 5 oisillons attendaient leur pitance, ravitaillés en vol par les deux parents.
C’est ici aussi que nous avons trouvé le Torcol au plumage cryptique, mais au chant bien reconnaissable. Après quelques heures d'insuccès, les affûts, stratégiquement placés, se sont révélés très productifs sur cette espèce assez difficile. A peu de distance, nous avons aussi pu photographier des huppes, y compris même un accouplement pour les plus chanceux d'entre nous. Plus tard sur le chemin du retour vers Sofia nous avons fait une halte dans une prairie naturelle favorable: le Râle des genêts, espèce très menacée en Europe de l’Ouest, y chantait un peu partout, ainsi que le Tarier des prés, lui aussi en forte régression chez nous…


Ce voyage en Bulgarie a été à la fois un enchantement, celui de pratiquer la photo nature dans des espaces riches en vie animale et majoritairement très beaux (nous avions souvent l’impression de remonter le temps, au rythme paisible des bergers gardant leurs troupeaux ou des charrettes tirées par les chevaux), et une grande déception.
Mais cette grande déception n’est pas bulgare, elle est française: la surprise de retrouver des espaces naturels bien différents à notre retour, une campagne française presque vide d’oiseaux… il m’a fallu parcourir près de 5 km dans des milieux apparemment favorables, dans ma vallée de Meuse pourtant classée Natura 2000, avant de rencontrer ma première pie-grièche. En Bulgarie cela aurait été l’affaire de quelques dizaines de mètres… Tout ceci nous démontre hélas l’ampleur des pertes subies par l’avifaune ces dernières décennies en Europe de l’Ouest...et l'espoir que représente l'Europe de l'Est en tant que réservoir d'espèces, qui pourraient revenir en nombre sur des milieux rendus plus favorables.

P. Dieudonné